La forêt de Bezavona, située dans les communes rurales de Marotandrano et Antanambaon'Amberina, dans le District de Mandritsara, région de Sofia, a récemment fait l’objet d’une mission de reconnaissance. Cette mission a révélé l'importance capitale de la forêt et a souligné l’urgence de son intégration au sein du réseau des Aires Protégées de Madagascar.
La forêt de Bezavona se trouve dans le massif central de Madagascar, au sein du haut plateau d’Antsiatsiaka, au sud-est de la ville de Mandritsara. Elle couvre une superficie de plus de 12 000 hectares, présentant une grande diversité géologique et pédologique. Située dans la région « Est » de Madagascar, cette forêt s’étend à une altitude variant entre 750 et 1 100 mètres. La topographie de la zone est marquée par des escarpements et des pentes abruptes, riches en sources d’eau. Le climat tropical humide de la zone, caractérisé par une température relativement stable tout au long de l’année et des précipitations annuelles autour de 1800 mm, favorise une forte biodiversité. Les précipitations sont réparties sur l’année, à l’exception des mois d’avril à octobre, relativement secs. Ce climat équitable, couplé à l’altitude et à la diversité géologique et pédologique, crée un environnement propice à une riche biodiversité, tant floristique que faunique.
Lors de la mission de reconnaissance, bien que brève, plusieurs espèces végétales rares ont été identifiées, telles que Canarium obovatum, Eulophiella roemleriana et Sarcolaena oblongifolia. En termes de faune, des espèces remarquables ont été observées, notamment Indri indri (Babakoto), Varecia variegata (Varikandana), Propithecus sp. (Simpona), Eulemur rubriventer (Alomena), Eulemur fulvus (Varikosy), Avahi sp. (Ampongy), et Uroplatus fimbriatus (Antohifisaka). Ces observations suggèrent une biodiversité encore largement inconnue des biologistes ; la base de données GBIF (https://www.gbif.org/) ne répertorie actuellement aucune collection botanique pour cette zone. Une action prioritaire pour justifier les investissements dans la conservation de cette forêt sera la réalisation d’un inventaire biologique plus complet.
Cependant, des interventions urgentes sont nécessaires en raison de la pression croissante sur cette forêt, notamment à cause des pratiques de culture sur brûlis et des incendies de forêt. En effet, au cours de la dernière décennie, 33 % de cette forêt a disparu. Face à cette situation, il est impératif d’agir rapidement pour préserver cet écosystème unique. Nous proposons, en collaboration avec les acteurs locaux, de désigner ce site comme une nouvelle aire protégée faisant partie du réseau des Aires Protégées de Madagascar. La gestion de cette aire sera élaborée selon une vision partagée et une stratégie consensuelle. Cette initiative vise à protéger la biodiversité, à maintenir les biens et services écologiques, tout en soutenant le bien-être des communautés locales.
Actuellement, l'économie locale repose principalement sur la culture du riz et l’élevage de bétail, avec quelques cultures de rente, telles que le clou de girofle et la vanille, bien que ces dernières restent marginales. Le climat doux et humide de la région offre cependant de nombreuses possibilités pour diversifier les pratiques agricoles, favorisant le développement de cultures tropicales et tempérées. Les ressources en eau abondantes, en grande partie issues de la forêt, ainsi que la diversité des ressources naturelles, la fertilité des terres et la douceur du climat, représentent des leviers importants pour la mise en place de systèmes agricoles diversifiés. Ces éléments permettent de concevoir des méthodes viables par l’agriculture, visant à améliorer durablement les conditions de vie des populations locales.